{"id":194,"date":"2021-03-15T23:09:24","date_gmt":"2021-03-15T22:09:24","guid":{"rendered":"https:\/\/clicli-connection.com\/?p=194"},"modified":"2021-03-15T23:09:24","modified_gmt":"2021-03-15T22:09:24","slug":"la-brume-du-lac","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clicli-connection.com\/?p=194","title":{"rendered":"La brume du lac"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Extrait du roman de G\u00e9raldine &#8211; (Chap 2. Sc\u00e8ne 4)<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-style-default\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clicliconnection.files.wordpress.com\/2021\/04\/pexels-samantha-kandinsky-6470277-1.jpg?w=684\" alt=\"\" class=\"wp-image-198\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"line-height:1.6;\">Sur la route qui ramenait Soline dans sa petite maison, elle regardait les platanes. Ils d\u00e9filaient comme le rouleau perfor\u00e9 d\u2019un orgue de barbarie. Elle avait mal. Elle pensait \u00e0 son p\u00e8re, \u00e0 la vie qu\u2019elle avait choisie d\u2019embrasser. Cette vie monotone, cette vie o\u00f9 elle avait renonc\u00e9 \u00e0 aimer et \u00eatre aim\u00e9e. <br><br>Cette vie qui s\u2019accordait sur les \u00e9ch\u00e9ances d\u2019un pr\u00eat immobilier, l\u2019achat de croquettes pour chiens et les disputes pour conna\u00eetre le prix des courses. Elle s\u2019interrogeait sur l\u2019instant du renoncement. Quand avait-elle accept\u00e9 de suivre ce que de toujours elle avait fui ? Y avait-il eu une cloche au loin, un son qui avait sonn\u00e9 le d\u00e9part vers l\u2019au-del\u00e0 ?&nbsp;<br><br>La route s&rsquo;enfuyait sous les roues de la Citro\u00ebn. Le vide s\u2019apprivoisait se dit-elle en descendant de la voiture arriv\u00e9e sur la placette d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9rigeait sa petite b\u00e2tisse du 18e si\u00e8cle. La maison \u00e9tait vide. En p\u00e9n\u00e9trant dans le salon, le regard de son p\u00e8re l&rsquo;accrocha. Le visage de son p\u00e8re tr\u00f4nait dans un cadre bon march\u00e9 sur la biblioth\u00e8que aux livres mal rang\u00e9s. Elle baissa les yeux et pleura. Ses larmes pointillaient le sol et son souffle devenait difficile. Elle devait s\u2019\u00e9vader de sa maison. Imm\u00e9diatement. Elle regarda une derni\u00e8re fois son p\u00e8re et quitta la pi\u00e8ce. Il fallait marcher, faire le vide. L\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019automne avait des airs d\u2019\u00e9t\u00e9 Indien, elle esp\u00e9rait retrouver son amie Sabrina en allant au lac du village voisin.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"line-height:1.6;\">Sabrina volait d\u00e9j\u00e0 autour de l\u2019\u00e9tendue d\u2019eau. Avec son v\u00e9lo jaune de la marque du Lion elle entreprit de grands gestes en direction de Soline. Elle manqua de passer par-dessus le guidon avant de se ressaisir et d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer le mouvement de p\u00e9dales pour rejoindre son amie. Sabrina \u00e9tait une grande femme comme Soline, 1m80, de grands cheveux incroyablement blonds qu\u2019elle laissait toujours d\u00e9tach\u00e9s. Soline ne savait pas ce qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait chez Sabrina :&nbsp; ses yeux bleus, sa chevelure ou son d\u00e9licieux accent du sud. Sabrina et Soline s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9es quelques mois auparavant au d\u00e9tour de ce m\u00eame lac. L\u2019amiti\u00e9 de leurs chiennes avait scell\u00e9 la leur. Les vingt ans qui les s\u00e9paraient n\u2019avaient jamais eu prise sur leur complicit\u00e9 et leur compr\u00e9hension mutuelle.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\" style=\"line-height:1.6;\">Sabrina et Soline \u00e9taient comme les cordes d\u2019une guitare. Elles vibraient ensemble quand elles se voyaient. Elles s\u2019\u00e9taient trouv\u00e9es et les moments qu\u2019elles partageaient \u00e9taient l\u00e9gers et joyeux. Autour de ce lac \u00e9meraude Sabrina p\u00e9dalait et Soline marchait. Le v\u00e9lo de Sabrina \u00e9tait le compromis fortuit \u00e0 ses douleurs aux pieds. Le couple d\u2019amies rigolait souvent de la situation, quant \u00e0 force de parler et de suivre en marchant, Soline manquait d\u2019air. Leurs rires volaient comme les feuilles qui tombaient \u00e0 la surface de l\u2019eau. Soline ne comprenait pas encore ces rencontres f\u00e9minines. Elle n\u2019avait pas encore compris que son \u00e2me s\u2019apaisait en pr\u00e9sence de femmes. Elle n\u2019avait pas encore compris que les yeux bleus de Sabrina, ces yeux si purs \u00e9taient de petits cailloux sem\u00e9s sur son chemin de vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\" style=\"line-height:1.6;\">Sabrina apportait \u00e0 Soline l\u2019oxyg\u00e8ne dont elle manquait. Ces balades, ces rires et ces instants parfumaient l\u2019existence comme les roses anciennes que l\u2019on a la chance de pouvoir humer une fois dans sa vie. Gr\u00e2ce \u00e0 ces instants anodins, Soline s&rsquo;apaisait. Gr\u00e2ce \u00e0 cette amie, Soline aimait ce qu\u2019elle \u00e9tait, elle apprivoise son corps aussi. Sabrina rieuse lui disait parfois \u00ab<em> On est des g\u00e9antes Soline, les g\u00e9ants c\u2019est gentil mais il faut les atteindre.<\/em> \u00bb. Il y avait dans ses moments de marche, \u00e0 suivre une grande blonde sur un vieux v\u00e9lo autant de joie que de rires. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre \u00e7a la libert\u00e9. Juste \u00e7a.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"line-height:1.6;\">Elles se retrouv\u00e8rent tout l\u2019automne et l\u2019hiver qui suivit. L\u2019hiver leurs aventures \u00e9taient plus frileuses et leurs pas vacillaient au rythme des mouvements de t\u00eates et des lampes accroch\u00e9es sur les fronts. Elles \u00e9taient les spectres du lac, elles \u00e9taient les rires qui r\u00e9sonnaient quand le brouillard humide remontait de la surface comme pour pr\u00e9venir de l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un monstre. M\u00eame dans la nuit leur rencontre \u00e9clairait, m\u00eame dans la nuit leur joie d\u2019\u00eatre ensemble enveloppait. Deux amies autour d\u2019un lac la nuit donnaient \u00e0 l\u2019existence la couleur qu\u2019il manque parfois aux histoires en noir et blanc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G\u00e9raldine CaRyev.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait du roman de G\u00e9raldine &#8211; (Chap 2. Sc\u00e8ne 4) Sur la route qui ramenait Soline dans sa petite maison, elle regardait les platanes. Ils &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":198,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,10],"tags":[],"class_list":["post-194","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essais-litteraires","category-roman-geraldine-caryev"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/194","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=194"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/194\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/198"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=194"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=194"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clicli-connection.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=194"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}