{"id":543,"date":"2021-04-13T21:23:13","date_gmt":"2021-04-13T19:23:13","guid":{"rendered":"https:\/\/clicli-connection.com\/?p=543"},"modified":"2021-04-13T21:23:13","modified_gmt":"2021-04-13T19:23:13","slug":"entendre-sa-voie-et-attendre-sa-voix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clicli-connection.com\/?p=543","title":{"rendered":"Du pain sans peine"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Entendre sa voi(e), et attendre sa voi(x)<\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/clicli-connection.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/pexels-mariana-montrazi-7239501.jpg?w=770\" alt=\"Femme avec scotch\" class=\"wp-image-545\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Maman maman<\/h3>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai longtemps cru qu&rsquo;aimer c&rsquo;\u00e9tait avoir mal. Parfois (mais c&rsquo;est un secret), je le crois toujours. <\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque ma m\u00e8re me frappait, le soir en rentrant du travail, j&rsquo;avais le sentiment que c&rsquo;\u00e9tait ainsi. Une gifle ou un coup me rassuraient. C&rsquo;\u00e9tait comme un m\u00e9tronome, un rituel. Je me souviens que je provoquais. Beaucoup. Je me souviens de ces mots que je pronon\u00e7ais comme \u00e0 la recherche de la douleur ou de l&rsquo;objet \u00e0 lancer sur mon corps. Sauf qu&rsquo;un soir, mes yeux se remplirent de sang. <br><br>En fait de mes yeux, je saignais du front. L&rsquo;h\u00e9moglobine collait mes cils. Je me souviens le regard de <strong><em>A.,<\/em><\/strong> ma s\u0153ur, ses yeux plein de bu\u00e9e et ses l\u00e8vres pinc\u00e9es. Je me souviens de mon sourire. Le rouge rayait mon visage. Je souriais comme dans une provocation ultime. Je l\u00e9chais le sang sur mes l\u00e8vres. Je souriais \u00e0 ma m\u00e8re qui venait de m&rsquo;envoyer un pain de plus d&rsquo;un kilo dans le visage. <br><br>Mon sourire \u00e9tait mon lance flamme :  \u00ab\u00a0Je suis toujours en vie Maman\u00a0\u00bb.  Elle \u00e9tait la femme que j&rsquo;aimais le plus au monde et chaque soir, elle pulv\u00e9risait mon \u00e2me. Le lendemain j&rsquo;irais au coll\u00e8ge. Le lendemain je raconterais la chute dans l&rsquo;escalier au CPE \u00e0 moustache et aux faux curieux. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Je t&rsquo;aime, je saigne<\/h3>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai cru jusqu&rsquo;\u00e0 presque 36 ans qu&rsquo;exister c&rsquo;\u00e9tait avoir mal &#8230; qu&rsquo;aimer c&rsquo;\u00e9tait souffrir. J&rsquo;ai construit mon rapport \u00e0 l&rsquo;amour comme une une dualit\u00e9 entre masochisme et sadisme. \u00ab\u00a0Si tu me fais mal, c&rsquo;est s\u00fbr que tu m&rsquo;aimes\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai cru que l&rsquo;autre devait m&rsquo;aimer dans ce qu&rsquo;il pouvait endommager mon moi. J&rsquo;ai cru que pour \u00eatre aim\u00e9e, il fallait davantage aimer l&rsquo;autre que soi. J&rsquo;ai cru qu&rsquo;avoir mal c&rsquo;\u00e9tait la certitude de l&rsquo;amour. Alors j&rsquo;ai fait saigner mon corps, moi aussi. Je l&rsquo;ai affam\u00e9. Je devenais amour. Mes premiers copains ont souffert. Mim\u00e9tisme ou sym\u00e9trie ?  Je faisais mal. Tr\u00e8s mal. C&rsquo;\u00e9tait comme \u00e7a qu&rsquo;il fallait aimer. Maman m&rsquo;avait montr\u00e9. Je n&rsquo;aimais pas les hommes. J&rsquo;aimais qu&rsquo;ils m&rsquo;aiment. J&rsquo;aimais qu&rsquo;ils me trouvent belle et j&rsquo;aimais leur faire mal. Je me sentais en vie. Aucun mec n&rsquo;a jamais d\u00e9construit ou compris sauf certains psychiatres aguerris.  <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Femme sans flamme<\/h3>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai avanc\u00e9 dans une existence h\u00e9t\u00e9rosexuelle en construisant un rapport de force avec les hommes. J&rsquo;ai menti, pleur\u00e9, hurl\u00e9. Le dimanche je faisais l&rsquo;amour avec des femmes. Ma m\u00e8re, elle, \u00e9tait \u00e0 la messe. Le feu. Je n&rsquo;avais pas mal et plus envie d&rsquo;avoir mal. Paradoxalement ce feu ne brulait pas. Il rendait vivante. Avec les femmes je n&rsquo;avais plus mal sur l&rsquo;instant. Le souvenir qui devient mim\u00e9tisme finit par balancer ses relents. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Tu es une femme, je t&rsquo;aime, tu dois me faire mal.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Parfois la psychologie est  ridicule. J&rsquo;ai aim\u00e9 ces femmes. <strong>Chacune<\/strong>. Dans leur bienveillance, je cherchais leurs coups. Sans coups, je partais. Je suis souvent partie. Toujours. Peu de femmes font mal en fait. Maman \u00e9tait malade et pis Mme Thatcher Renaud en parle mieux. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Peut-on bruler ensemble ? <\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 35 ans une grande sportive m&rsquo;a rappel\u00e9 ma m\u00e8re. Je l&rsquo;ai aim\u00e9 dans la douleur. J&rsquo;ai cru en l&rsquo;absolu. J&rsquo;ai cru me sentir en s\u00e9curit\u00e9 dans sa maltraitance. Elle m&rsquo;a quitt\u00e9e. Je n&rsquo;ai rien ressenti. Rien. Son absence ne m&rsquo;a pas fait plus de mal qu&rsquo;un pain dans le visage \u00e0 12 ans. Elle avait le go\u00fbt du sang s\u00e9ch\u00e9 sur les l\u00e8vres. Elle a \u00e9t\u00e9 un coup. Rien de plus.  <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u00e9ontine, elle a dessin\u00e9 des c\u0153urs sur mes bleus <\/h3>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le pain, j&rsquo;ai cherch\u00e9 l&rsquo;ostie. Plus l\u00e9ger et sans go\u00fbt, il dispara\u00eet vite sous la langue. L&rsquo;imperceptible ne pouvait pas faire aussi mal. La l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 acidule tout. Tellement. J&rsquo;ai l\u00e2ch\u00e9 prise. J&rsquo;ai laiss\u00e9 cette femme m&rsquo;aimer. J&rsquo;ai ador\u00e9 \u00eatre aim\u00e9e. J&rsquo;ai ador\u00e9 fuir. J&rsquo;ai ador\u00e9 ne pas me faire maltraiter. J&rsquo;ai oubli\u00e9 de l&rsquo;aimer. J&rsquo;ai oubli\u00e9 que je pouvais aimer (encore). Je l&rsquo;ai amen\u00e9 (doucement) vers les chemins des pains. Elle a compris comment j&rsquo;aimais. Mais avec elle je ne veux plus de pain, plus d&rsquo;ostie.  Je ne veux plus de sang sur mon visage. Je ne veux plus de cils coll\u00e9s. Je veux embrasser les yeux d&rsquo;une femme. Puissent-ils \u00eatre les tiens : L\u00e9ontine. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><strong>Au nom des plaines qui emmerdent. Le vent n&rsquo;y raconte rien. Cette chanson parle du vent et des chemins \u00e0 soi.<\/strong><\/p><cite>G\u00e9raldine<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Cuatro Vientos - Danit\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Pclv31cDTTc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Viento, que viene de la monta\u00f1a<br>Viento, tr\u00e1enos la claridad<br>Viento, que viene de la monta\u00f1a<br>Viento, tr\u00e1enos la claridad<\/p><p>Viento, que viene del mar<br>Viento, tr\u00e1enos la libertad<br>Viento, que viene del mar<br>Viento, tr\u00e1enos la libertad<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>G\u00e9raldine CaRyev.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mais avec elle je ne veux plus de pain, plus d&rsquo;ostie.  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