{"id":963,"date":"2021-05-16T10:58:34","date_gmt":"2021-05-16T08:58:34","guid":{"rendered":"https:\/\/clicli-connection.com\/?p=963"},"modified":"2021-05-16T10:58:34","modified_gmt":"2021-05-16T08:58:34","slug":"le-poste-frontiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clicli-connection.com\/?p=963","title":{"rendered":"Le poste fronti\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p>Extrait du Roman de G\u00e9raldine (Chap 6. Sc\u00e8ne 4) <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"628\" src=\"https:\/\/clicli-connection.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/c5jvkecwmaasako.jpg?w=770\" alt=\"Almodovar dirige Miguel Bos\u00e9 (Talons Aiguilles - 1992)\" class=\"wp-image-965\" srcset=\"https:\/\/clicli-connection.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/c5jvkecwmaasako.jpg 1200w, https:\/\/clicli-connection.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/c5jvkecwmaasako-300x157.jpg 300w, https:\/\/clicli-connection.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/c5jvkecwmaasako-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/clicli-connection.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/c5jvkecwmaasako-768x402.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption>Almodovar &#8211; 1992 <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Elle prit la route avant m\u00eame que le soleil ne se leva. Le mensonge, qu\u2019elle avait pr\u00e9vu de servir en espagnol aux gardes qui contr\u00f4laient l\u2019acc\u00e8s au pays de Bu\u00f1uel, impliquait un rendez-vous client avec une C\u00e9cile Forget \u00e0 9h00, dans le centre de la capitale catalane. Depuis sa veste de costard aux lunettes de soleil, Soline avait tout pr\u00e9vu. Le costume devait habiller le jeu d\u2019acteur imagin\u00e9. Le risque pris devait servir une coh\u00e9rence sc\u00e9naristique irr\u00e9prochable. Elle b\u00e9nit le ciel d\u2019\u00eatre bilingue et d\u2019avoir regard\u00e9 beaucoup (trop) de films espagnols plus jeune. Dans cette voiture qui filait \u00e0 la rencontre du barrage frontalier, elle ne r\u00e9p\u00e9tait que son texte. Elle reprenait ses intonations. Elle for\u00e7ait son sourire. Elle se rappelait ses imitations de Luz Cazal et son boa blanc sur son pyjama de petite fille trop court. Elle avait 15 ans. Elle avait vu \u00ab <em>Talons Aiguilles<\/em> \u00bb jusqu\u2019\u00e0 en conna\u00eetre tous les dialogues, toutes les respirations. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces souvenirs d\u2019adolescence, o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 elle comprenait l\u2019ambivalence de ses attirances, volaient entre les mots de se monologue qu\u2019elle s\u2019appr\u00eatait \u00e0 offrir \u00e0 des gardes militaires arm\u00e9s. Avec la d\u00e9sinvolture qu\u2019ont parfois certains condamn\u00e9s, elle d\u00e9cida de finir les derniers m\u00e8tres accompagn\u00e9e de&nbsp; \u00ab <em>Un a\u00f1o de amor <\/em>\u00bb. Devant elle, les voitures ralentissaient. Au loin, elle observait de grands cars noirs stationn\u00e9s en oblique le long des anciens postes fronti\u00e8res qu\u2019une pand\u00e9mie avait soudain r\u00e9habilit\u00e9s. Chaque voiture \u00e9tait arr\u00eat\u00e9e. Plus son cheval de Troie s\u2019approchait, plus le d\u00e9cor devenait net. Sur sa gauche, une voiture arriva en sens inverse. Le regard de la conductrice croisa volontairement celui de de Soline. Dans l&rsquo;habitacle oppos\u00e9, la femme aux sourcils fronc\u00e9s fit un \u00ab <em>non<\/em> \u00bb de la t\u00eate \u00e0 Soline. De toute \u00e9vidence, il s\u2019agissait de la danse des refoul\u00e9s. Sans doute ne connaissait-elle pas \u00ab <em>Talons Aiguilles<\/em> \u00bb, sans doute n\u2019avait-elle pas en elle le feu de la passion qui rend invincible. Le rythme cardiaque de Soline changeait de tempo \u00e0 mesure qu\u2019elle approchait des <em>\u00ab Mossos \u00bb,<\/em> ces soldats d\u2019habits noir dont on apercevait \u00e0 peine les yeux. Devant elle, d&rsquo;autres voitures faisaient demi-tour. Et, dans une imitation tout \u00e0 fait insupportable, chaque conducteur \u00e9conduit, en arrivant \u00e0 la hauteur du S.U.V de Soline, imitait le m\u00eame mouvement de t\u00eate. Soline, entre ses dents serr\u00e9es, murmurait les paroles de la chanson de Casal. Elle entendait, plus loin, le rire de sa s\u0153ur, qui plus jeune, se moquait de ses grands mouvements de bras alors qu\u2019elle imitait L\u00e9tal sur sa petite estrade en habit rouge.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Un A\u00f1o de Amor - Luz Casal\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/I8vTnLPevQY?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption>Un A\u00f1o de Amor &#8211; Luz Casal Film \u00abTacones Lejanos\u00bb de Pedro Almod\u00f3var<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Sur l\u2019\u00e9cran digital de la voiture les notifications WhatsApp n\u2019avaient de cesse d\u2019interrompre les r\u00e9p\u00e9titions de Soline. C\u00e9cile s\u2019impatientait. Depuis son appartement du Raval, C\u00e9cile devait marcher 40 minutes pour rejoindre le point de rendez-vous : la plage de <em>Mar Bella<\/em>. La plongeuse souhaitait synchroniser leurs arriv\u00e9es. C\u00e9cile aimait aussi les sc\u00e9narios. Pour l&rsquo;instant, Soline ne concentrait que sur ces grands hommes d\u2019habits noirs qui avaient, sans le savoir, son destin entre leurs mains. Plus elle approchait, plus la tension \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;habitacle prenait corps, comme un nouveau personnage qu\u2019on ajoute \u00e0 l&rsquo;intrigue. Il ne fallait pas r\u00e9pondre \u00e0 C\u00e9cile. Pas encore. La voiture devant elle \u00e9tait une immense berline. \u00c0 son bord, deux hommes, aux lunettes de soleil obliques, tendaient une liasse de papiers \u00e0 un Dark Vador pench\u00e9 par la fen\u00eatre \u00e0 demi ouverte de la grande voiture. La sc\u00e8ne avait des relents de 40. Des laissez-passers pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 des soldats qui pouvaient, en une fraction de seconde, d\u00e9cider qu\u2019ils ne seraient que des billets retour.<\/p>\n\n\n\n<p>Traverser la fronti\u00e8re un jour de confinement en \u00e9coutant Luz Casal ferait partie de&nbsp; ces&nbsp; souvenirs ind\u00e9l\u00e9biles, ceux qui surgissent tr\u00e8s nets, parfois, au son d\u2019une voix ou d\u2019une musique. En fixant ses lunettes de soleil rondes sur le haut de son nez, elle offrit un large sourire au garde masqu\u00e9 qui s\u2019approchait de son cheval de Troie. Elle tira du si\u00e8ge passager la pochette cartonn\u00e9e qui enfermait tous les justificatifs romanc\u00e9s qu\u2019elle avait r\u00e9dig\u00e9s. Il y avait des papiers en-t\u00eate, des tampons, des attestations en fran\u00e7ais et en espagnol. Un paquet de feuilles que l\u2019homme en noir n\u2019observa m\u00eame pas. Il fit descendre son masque de son visage pour demander sa destination \u00e0 Soline. Sa voix \u00e9tait suave. Une femme. Soline sentit ses pommettes se r\u00e9chauffer. Une incroyable brune \u00e9couta Soline raconter son rendez-vous avec une cliente dans le centre. En un geste tr\u00e8s rapide, la garde balan\u00e7a son bras en direction de la fronti\u00e8re. Soline poussa un cri silencieux. Elle se dirigea vers le poste fronti\u00e8re sans se retourner ni regarder par le r\u00e9troviseur central. La garde qui l\u2019avait de son bras dirig\u00e9e vers celle, qui depuis 10 mois occupait tout son \u00eatre, observait le S.U.V noir s&rsquo;\u00e9loigner en esquissant un sourire. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>G\u00e9raldine CaRyev.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait du Roman de G\u00e9raldine (Chap 6. Sc\u00e8ne 4) Elle prit la route avant m\u00eame que le soleil ne se leva. 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